Editorial
Jérôme Marbot
Maire de Pau et Président de la Communauté d’Agglomération Pau Béarn Pyrénées
Nous avons la chance de porter à Pau un projet culturel et artistique rare, exigeant et profondément ancré dans notre territoire. L’Orchestre de Pau Pays de Béarn n’est pas seulement une formation symphonique : c’est un lieu vivant où des musiciens, des enfants, des enseignants et des habitants se rencontrent autour de la musique.
Son ambition est simple et forte à la fois : faire de la musique un bien commun, accessible, partagé, et jamais réservé à quelques-uns.
Cette aventure s’inscrit dans un héritage, celui d’André Labarrère, ancien maire de Pau, qui a créé en 2002 cet orchestre. Alors que nous commémorons les 20 ans de sa disparition, il est juste de rappeler ce qu’il a impulsé : l’idée qu’une ville se construit aussi par la culture, et que la culture doit aller vers tous les publics, sans exception.
Aujourd’hui, cet héritage continue de vivre à travers une structure singulière : un orchestre symphonique et une école de musique innovante, El Camino. Ensemble, ils forment un même mouvement. Celui d’une ville où des enfants montent sur scène aux côtés de musiciens professionnels, où des œuvres du répertoire rencontrent la création contemporaine, et où la musique circule entre les générations.
L’Orchestre de Pau Pays de Béarn, qui attire chaque saison près de 20 000 spectateurs, contribue activement, aux côtés des plus grandes formations françaises, à l’enrichissement du répertoire grâce à de nombreuses commandes d’œuvres contemporaines. Depuis plus de vingt ans, il enchante le public à travers des saisons symphoniques qui font dialoguer les œuvres d’hier et d’aujourd’hui, tout en accueillant des solistes de renommée internationale.
Cette saison 2026/2027 s’annonce particulièrement prometteuse : les grandes œuvres seront une fois encore à l’honneur, avec une place privilégiée accordée au chant lyrique. Au programme notamment, Offenbach pour le concert du Nouvel An, La Damnation de Faust sous la direction de Michel Plasson, ainsi que le majestueux Requiem de Verdi.
Sous la direction de Fayçal Karoui, dont l’engagement humain façonne profondément son identité, l’orchestre a su affirmer une vraie personnalité, mais aussi une manière d’être au monde. Une exigence artistique élevée, mais toujours accompagnée d’une attention constante aux autres.
Cette attention se traduit concrètement. Dans les écoles, les hôpitaux, dans les EHPAD, les quartiers prioritaires, en milieu carcéral parfois, les musiciens jouent autrement. Ils jouent plus près, plus directement, dans des espaces où la musique devient un moment de respiration, d’évasion et parfois même de réconfort. Ce sont ces moments-là aussi qui définissent l’orchestre.
Avec El Camino, cet engagement prend une autre forme encore : celle de la jeunesse. Des enfants y apprennent la musique comme une pratique collective, exigeante et joyeuse à la fois. Ils y découvrent ce que signifie écouter, attendre, construire ensemble.
Dans un monde qui change, la culture reste un repère essentiel. Elle éclaire, elle rassemble et donne du sens. Au cœur de notre territoire, elle joue un rôle essentiel : elle le fait vivre, le rend attractif et renforce les liens entre celles et ceux qui y habitent.
Je tiens à saluer l’engagement de toutes celles et ceux qui font vivre cette institution au quotidien : artistes, équipes pédagogiques, administratives et partenaires. Leur travail contribue à faire de Pau une ville où la culture n’est pas un privilège, mais une source d’épanouissement et de lien social.
Avec toute ma considération,
Interview
Franck Loncan
Directeur général de l’Etablissement Public de Coopération Culturelle OPPB-El Camino
Vous avez pris la direction générale de l’EPCC OPPB-El Camino, créé en 2020. Quelle est votre vision pour l’établissement ?
L’OPPB-El Camino est une institution profondément ancrée dans son territoire, avec une identité marquée, et un projet enraciné, que je connais bien désormais, ayant été depuis 2019 l’administrateur général aux côtés de Frédéric Morando. Il s’agit de s’inscrire dans cette continuité tout en affirmant une vision qui embrasse l’ensemble de ses missions : la dimension artistique bien sûr, mais aussi la transmission, l’ouverture et l’engagement auprès de tous les publics.
Notre travail, c’est de remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. Tout est perfectible, des changements sont toujours nécessaires, des propositions innovantes ou singulières toujours possibles. Il faut provoquer de nouvelles formes de création, des rencontres inattendues, des projets partagés avec les habitants, les jeunes publics, les partenaires du territoire.
Vous parlez d’engagement auprès de tous les publics, quels sont-ils ?
C’est vrai que l’on en parle beaucoup sans savoir toujours qui ils sont. Cela peut parfois cacher une réalité qui selon les territoires et les structures traduit une certaine difficulté à faire rayonner la culture et la musique symphonique en particulier. A Pau, nous avons un public extrêmement fidèle, très attaché à l’orchestre et à Fayçal Karoui, son directeur musical et artistique. Pour nos séries de concerts triplés, nous avons plus de 1 250 abonnés sur une jauge maximale de 1 700 places. Nous intégrons d’ailleurs un seuil maximal d’abonnements afin de libérer 25% de billets à l’unité. Cela permet d’attirer un nouveau public, susciter des curiosités. Au final, notre taux de remplissage se situe à plus de 90% !
Mais notre public, ce sont aussi ces milliers d’enfants qui assistent aux générales ou qui participent à des projets éducatifs et culturels tout au long de l’année. Ce sont les personnes éloignées ou empêchées vers qui l’orchestre se tourne lors de concerts en petite formation dans les hôpitaux, les centres sociaux ou les Ehpad.
Ce sont enfin un peu moins de 200 familles qui vivent au rythme d’El Camino toute la saison dans le cadre d’un dispositif riche et intense !
L’orchestre s’inscrit également dans un réseau de partenaires culturels et économiques. Quelle importance accordez-vous à ces collaborations ?
Elles sont fondamentales. Un établissement comme le nôtre ne peut se penser isolément.
Les collaborations avec des structures comme Espaces Pluriels aujourd’hui, Jazz à Pau peut-être demain mais aussi avec de nombreux acteurs culturels au-delà des frontières municipales, à l’instar de la Cité des Arts de Lescar en 2026/2027, enrichissent notre projet artistique et élargissent notre portée. Au niveau régional, ce sont les relations avec le grand frère aquitain, l’Orchestre National de Bordeaux, qui créent les conditions de visites croisées : l’OPPB à Bordeaux en mai 2026 et l’ONB au Foirail le 12/02/2027.
Ces collaborations permettent de croiser les disciplines, les publics et les regards, et de construire une véritable dynamique culturelle à l’échelle du territoire.
À cela s’ajoute un lien précieux avec le monde économique, notamment à travers le club de mécènes Concert’O. Ce réseau d’entreprises engagées à nos côtés joue un rôle déterminant : il témoigne d’un attachement fort à l’orchestre et d’une volonté partagée de soutenir la création et l’accès à la culture.
Enfin, l’établissement repose sur une structure dédiée. Est-ce un enjeu important pour vous ?
Le statut d’établissement public – ici de coopération culturelle – permet de consacrer à ce projet ambitieux une vocation exclusive ainsi qu’une gouvernance et un budget dédiés. Il offre en cela une visibilité et une certaine stabilité. Mais quelle que soit la forme, c’est la volonté et le soutien des collectivités locales qui permettent cette ambition. L’enjeu est de taille quand on sait la fragilité du modèle culturel en France aujourd’hui et la précarité des financements.
Ce soutien est essentiel, il traduit la volonté de faire de la culture un levier de cohésion, d’attractivité et d’émancipation.
Notre enjeu et notre responsabilité, c’est d’être à la fois exigeant artistiquement et ouvert à tous.
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