La voix comme une nouvelle voie
Saison 2026-2027
Fayçal Karoui
Directeur musical
Comment définiriez-vous l’esprit de cette nouvelle saison ?
La voix comme une nouvelle voie, un nouveau champ d’exploration pour l’orchestre.
Depuis l’accueil merveilleux réservé au premier opéra que nous avons eu le bonheur de jouer à Pau, Così fan tutte, ce registre est devenu une évidence, le public en redemande.
Le concert du Nouvel An 2026 était placé sur le thème des grands airs d’opéra. Ce rendez-vous populaire multigénérationnel et profondément fédérateur a mis à l’honneur le chant lyrique, avec une fois encore une réception extraordinaire.
Nous avons donc choisi d’écouter ces attentes et de les traduire en programmant trois concerts évènements autour de cet univers. Tout d’abord, le grand gala Offenbach pour le concert du Nouvel An 2027. Présenté par le bien nommé Olivier Bellamy, il partagera à nouveau sa finesse et sa bonne humeur aux côtés des solistes de l’Académie internationale de musique Michel Plasson, qui ont ébloui le public de leur talent.
Cette histoire toute particulière avec Michel Plasson nous conduit également à proposer, au mois de mars, un événement exceptionnel : La Damnation de Faust, avec la venue à Pau de Sophie Koch, Joan Lainez, Philippe-Nicolas Martin et Nicolas Courjal, véritables étoiles de la scène lyrique, sous la direction de Michel Plasson.
Enfin, le mois de mai accueillera l’immense Requiem de Verdi. C’est un chef-d’œuvre saisissant du répertoire, avec une force chorale et une puissance dramatique tout à fait impressionnante. Et retenez bien, il sera interprété avec la participation exceptionnelle du chœur de l’Opéra national du Capitole de Toulouse.
Comment avez-vous construit cette nouvelle saison ?
Cette saison a été pensée comme un subtil équilibre entre les grands évènements autour de la voix, la mise en lumière de nos talents dans l’interprétation et la création, et le désir ardent de proposer des nouveaux programmes. La jeunesse y occupe aussi une place essentielle, avec l’invitation de deux artistes remarquables : le pianiste Jonathan Fournel, qui ouvrira la saison dans le Concerto n°1 de Chopin, et le violoncelliste Victor Julien-Lafferière, qui la clôturera dans un programme original qualifié de joué/dirigé. Il sera à la fois soliste et chef d’orchestre.
Nous avons également souhaité valoriser les musiciens de l’orchestre, qui sont capables de véritables performances dans des rôles de solistes. Une partie d’entre eux s’illustrera notamment dans le Konzertstück pour quatre cors de Schumann, une pièce de virtuosité collective. Et d’autres viendront par la suite.
Enfin, il nous tient aussi à cœur de faire rayonner et sublimer les talents d’ici, et particulièrement les femmes dans ce milieu encore très masculin concernant la composition. C’est dans cet esprit que nous avons passé commande à la compositrice paloise Nathalie Biarnés, affirmant ainsi notre engagement en faveur de la création contemporaine et de la vitalité artistique de notre cité. Sans oublier d’honorer l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique, Beethoven, nous célébrerons le bicentenaire de sa disparition à travers deux programmes dédiés.
Y-a-t-il une œuvre ou un programme que vous êtes particulièrement heureux de partager dans cette nouvelle saison ?
S’il fallait en choisir un, j’en choisirais deux. (rires)
Il y a sans hésiter La Damnation de Faust ! C’est un projet qui dépasse le simple cadre d’un concert : un véritable événement artistique et humain, avec un plateau digne des plus grandes maisons au Monde. Sans prétention aucune, je pense que le public viendra probablement de loin pour assister à ce concert. La présence de Michel Plasson à Pau est déjà, en soi, quelque chose d’exceptionnel. Comme je l’évoquais plus haut, à l’issue de sa participation au concert du Nouvel An 2026, il a exprimé un tel enthousiasme qu’il a accepté de revenir pour diriger cette œuvre unique de Berlioz, à mi-chemin entre opéra et fresque symphonique. Rendez-vous compte, l’un des plus grands chefs d’orchestre français qui va assurer la direction d’une œuvre aussi dense à 93 ans ! Et cela avec un génie et une maestria qu’on lui connaît et envie jalousement, dont il conserve encore aujourd’hui le secret. Il y a aussi, et j’en suis très heureux et fier, une première collaboration entre notre orchestre de jeunes El Camino et le département danse du Conservatoire à rayonnement régional de Pau. Un projet innovant que j’ai déjà hâte de voir naître et qui surprendra. Pour les jeunes musiciens d’El Camino, ce sera une ouverture précieuse : celle de découvrir que la pratique orchestrale ne se limite pas au concert, mais peut aboutir à des formes scéniques complètes avec d’autres disciplines. La musique et la danse forment ce couple idéal et indissociable, depuis toujours l’un ne peut exister sans l’autre.
L’Orchestre de Pau est un jeune orchestre. Quelle place occupe-t-il aujourd’hui dans le paysage musical français, et plus particulièrement à Pau ?
Au fil des années, l’orchestre a atteint une forme de maturité qui lui permet aujourd’hui de rayonner bien au-delà de son territoire d’implantation. Il s’affirme comme une phalange reconnue, le projet artistique est identifié à l’échelle nationale, avec de nombreuses invitations en France comme à l’étranger jusqu’alors. C’est une grande fierté d’avoir impulsé ce mouvement et accompagné cette dynamique.
Mais au-delà de ce rayonnement, ce qui m’anime profondément reste son ancrage à Pau. Un orchestre ne vit pleinement que s’il bat au rythme de sa ville. À travers le projet El Camino, les liens avec le Conservatoire, les établissements scolaires, les structures sociales, de santé ou encore les quartiers, il devient un acteur culturel et humain, proche de chacun.
Cette volonté se traduit aussi dans les formats que nous inventons. Sons et brioches, par exemple, poursuit son chemin avec un programme entièrement renouvelé, porté notamment cette saison par une couleur singulière : celle de l’accordéon, instrument populaire par essence, capable de tisser un lien sensible, presque charnel avec le public.
Avec La Fabrique, nous proposons une autre expérience : un concert commenté, où le chef ouvre les portes de l’atelier, dévoile les mécanismes invisibles qui révèlent comment naissent les émotions en musique. C’est une invitation à écouter autrement, à décrypter le cœur même du geste artistique.
Et puis, il y a cette attention essentielle portée aux jeunes générations. Dans le cadre des EAC, le projet d’Opéra Slam mené avec des lycéens et une artiste issue de la scène slam incarne parfaitement cette ambition : faire dialoguer les registres, décloisonner les esthétiques, permettre à chacun de s’approprier la musique et de la faire résonner avec son époque, sa voix ou son vécu.
Je garde enfin le désir de voir renaître de grands événements fédérateurs, où artistes, habitants et forces vives se rassemblent — ces moments précieux où la musique dépasse la scène pour faire communauté. Des instants où toute une ville vibre à l’unisson.
Nous en avons, plus que jamais, profondément besoin.
Quelles sont vos sources d’inspiration pour toujours faire évoluer l’orchestre ?
J’ai la chance de beaucoup voyager. Et mes inspirations naissent de ce mouvement, cette circulation constante entre les grands orchestres que j’ai l’honneur de diriger, de ces salles extraordinaires et des autres cultures ou habitudes de travailler. Chaque déplacement est une nouvelle rencontre, chaque répétition une nouvelle conversation, chaque concert une empreinte laissée en moi. J’ai cette chance de diriger de grandes formations à travers le monde, et de nouer avec elles des liens à la fois éphémères mais profondément marquants.
Au cœur de ces expériences, une pensée demeure toujours présente : Pau. Son orchestre, son identité, son public. Partout où je vais, j’emporte avec moi cette exigence presque intime de faire rayonner notre ville, de raconter ce qui fait sa singularité et la vitalité de sa vie musicale.
Ces échanges nourrissent directement notre saison. Ils prennent corps ici, sur scène, lorsque nous invitons des artistes d’exception à partager notre aventure. Je pense notamment aux musiciens du Royal Opera House de Covent Garden à Londres, dont la présence, en novembre, viendra illuminer un programme entièrement consacré à Mozart, avec cette élégance et cette intensité qui leur sont propres. Je pense aussi à Karl-Heinz Schütz, du Philharmonique de Vienne — probablement l’un des meilleurs flûtistes au monde, dont le souffle semble suspendre le temps, et qui nous a fait l’honneur de revenir la saison passée.
Ces artistes ne sont pas seulement des invités : ils deviennent, avec le temps, des collègues, des compagnons, complices d’un dialogue qui dépasse les frontières et offre au public palois le meilleur possible.
Si vous deviez résumer cette saison en une phrase ou une image, quelle serait-elle ?
Il y a tout ce qui ne se dit pas encore, mais qui se vit dans la salle de concert comme à l’extérieur. Les rencontres à venir, les projets en gestation, un élan nouveau que l’on devine déjà… La musique est faite de promesses autant que de merveilleux souvenirs. Et je me réjouis de pouvoir, très bientôt, vous en dévoiler de nouvelles.
Photographie de Fayçal Karoui par © E. Traversié
Etablissement Public de Coopération Culturelle
Suivez-nous
Espaces dédiés
Nous contacter
OPPB-El Camino
Pavillon des arts
1, boulevard des Pyrénées
64000 PAU
05 59 98 65 90
© 2025 OPPB-El Camino
